"Quan le dous tems d’abri" - Poème de Pierre de Bussignac XII et XIII siècle

Publié le par Prince Occitan


Quan le dous tems d’abri


Quan lo dous tems d’abril
Fo’ls arbres sec fulhar,
E’ls auzelhs mutz cantar
Quascun en son lati,
Ben volr’ aver en mi
Poder de tal trobar,
Cum pogues castiar
Las domnas de falhr,
Que mal ni dan nom’en poques venir.

Qu’ieu cugiey entre mil
Una lial trobar,
Tant cuiava sercar ;
Totas an un trahi  
E fan o atressi
Col laire al hendar,
Que demanda son par
Per sas antas sofrir,
Per qu’el mazans tolz sobre lui no avir.

Tant an prim e subtil
Lur cor per enganar,
Qu’una non pot estar
Que sa par non gali ;
Pueys s’en gab e s’en ri,
Quan la ve folleiar ;
E qui d’autrey afar si sap tant gent
Fornir,
Ben es semblans qu’el sieu sapch’ enantir.

E selha que del fil
A sos ops no pot far,
Ad autra en fai filar ;
E ja peior mati
No us qual de mal vezi ;

Que so qu’avetz plus car
Nos faran azizar,
Etal sen abelhir
Que de mil ans no vos poiretz jauzir.

Si los tenetz tan vil
Que los vulhatz blasmar,
Sempre las dens N’aspi,
Que so qu’om ditz que vi no fai a considar ;
E saubran vos pregar tant gent ab lur mentir
de lurs enjans nulhs hom no guandire.

Qui en loc feminil
Cuia feutat trobar
Ben fai a castiar ;

Qu’ieu die qu’en loc cani

Vai ben sercar sai :
E qui vol comandar
Al milan ni baillar
Sos poletz per noyrir,
Ja us dels grans no m don pois per raustir.



Anc Rainartz d’Isengri
No s saup tan gent venjar,

Quan lo fetz escorjar,

E il det per escarnir
Capel e gans, com ieu fas qu’an m’azir.



Donas, poils castiar
No us voletz de falhir
Amtas e dans vos n’aven a sufrir.







Quand le doux temps d’avril



Quand le doux temps d’avril

Recouvre de feuilles les arbres secs,

Et que les oiseaux muets se mettent à chanter

Chacun en son langage,

Je voudrais bien trouver en moi

Le pouvoir de composer un poème,

Tel que je puisse corriger

Les femmes de faillir,

Que mal ni dommage ne m’en puissent venir.


Je pensais entre mille

Une loyale trouver,

Tant j’ai cherché;

Toutes se conduisent de même

Et agissent comme le larron

Qui quand on lui bande les yeux,

Réclame son semblable,

Pour sa honte endurer avec lui,

Pour ne pas seul supporter tout son tracas.


Elles ont un si fin et si subtil

Cœur pour tromper,

Qu’une seule on ne peut trouver

Qui ne trompe sa pareille ;

Puis elle s’en moque et s’en rit,

Quand on la voit commettre des folies ;

Qui sait si aimablement s’occuper des

affaires d’autrui,

Doit bien savoir semble-t-il faire avancer les siennes.


Et celle qui du fil

A son profil ne peut rien faire,

A une autre le fait filer ;

Et de pire matin

Vous ne connaîtrez que lorsque vous vous soucierez d’un mauvais voisin ;

Car ce que vous avez le plus cher

Elles vous feront haïr,

Et aimer ce qui

De mille ans ne vous apportera aucune joie.


Si vous les tenez pour viles

Au point de vouloir les en blâmer,

Elles vous jureront toujours sur les dents d’Harpin,

Que ce qu’on dit avoir vu ne doit pas être pris en considération ;

Et elles sauront vous payer si gentiment de leurs mensonges

Que nul ne saurait se protéger contre leurs fourberies.



Celui qui chez les femmes

Croit fidélité trouver

Mérite bien d’être blâmé ;

Je dis moi que dans la niche d’un chien

Qu’il va chercher du saindoux :

Et si quelqu’un confie

Au milan et remet

Ses poulets pour qu’il les lui nourrisse,

Je ne souhaite pas un des gros qu’il me donne pour le faire rôtir.


Jamais Renard d’Isengrin

Ne sut mieux se venger,

Quand il le fit écorcher,

Et lui donna pour le tourner en dérision

Chapeau et gant, que je ne le fais quand je m’irrite.


Dames, puisque vous ne voulez point

Vous corriger de vos fautes

Honte et dommage vous aurez à subir.


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article